Communiqué de presse
Donnez-nous les moyens d’investir, nous construirons l’avenir de nos territoires
Réaction de l’Association des Maires et des Présidents d’intercommunalité de la Haute-Loire, à la communication de la préfecture sur les finances locales
Je prends acte de la communication de la préfecture de la Haute-Loire rappelant le soutien financier de l’État aux collectivités territoriales.
Avant toute chose, je souhaite rappeler que les chiffres avancés par l’Association des Maires de France ne sont ni des estimations ni des prises de position politiques. Ils sont issus de l’Observatoire des finances et de la gestion publique locales (OFGL), organisme de référence placé auprès du Comité des finances locales. Ses analyses reposent sur les données officielles de la Direction générale des finances publiques (DGFiP), de la Direction générale des collectivités locales (DGCL), de l’INSEE et des autres services de l’État. Ces données constituent les références utilisées par le Gouvernement, le Parlement, les associations d’élus et l’ensemble des collectivités territoriales.
Cette analyse a été présentée, en avant-première, avant le rapport définitif de l’année 2025, lors du comité directeur de l’Association des Maires de France, réuni à Paris le 30 juin dernier, auquel j’ai participé aux côtés du président de l’AMF, David Lisnard, et de son premier vice-président délégué, André Laignel. Les chiffres présentés à cette occasion fondent la position aujourd’hui défendue par l’AMF.
Le débat ne porte donc pas sur la fiabilité des chiffres, mais bien sur leur interprétation. Personne ne conteste que l’État accompagne les communes au travers de la Dotation globale de fonctionnement (DGF), de la DETR, de la DSIL, du Fonds vert ou encore du FCTVA. Les collectivités de Haute-Loire mobilisent efficacement ces dispositifs et je me réjouis que notre département présente aujourd’hui une situation financière plus favorable que beaucoup d’autres.
Mais la question de fond est ailleurs : les collectivités disposeront-elles demain des moyens suffisants pour poursuivre leurs investissements et maintenir un service public de qualité ?
Les chiffres nationaux de l’Observatoire apportent une réponse préoccupante. En 2025, l’investissement des communes progresse de 6,6 % et celui des intercommunalités de 8,6 %. Ces chiffres peuvent sembler encourageants. Pourtant, ils sont deux fois inférieurs à ceux observés en 2019, dernière année du précédent mandat municipal, où la progression atteignait 13,6 % pour les communes et 18,1 % pour les intercommunalités.
Plus inquiétant encore, l’épargne nette des collectivités continue de se dégrader. Hors Paris, elle recule de 2,9 % pour les communes et de 2,1 % pour les intercommunalités, après une baisse de 5,1 % l’année précédente pour les communes. En deux ans, leur capacité d’autofinancement a diminué de plus de 8 %.
Le besoin de financement poursuit sa progression. Il atteint désormais 3,3 milliards d’euros pour les communes, contre 2,5 milliards un an plus tôt, et 2,2 milliards d’euros pour les intercommunalités, contre 1,25 milliard en 2024.
Pour continuer à investir, les collectivités doivent recourir davantage à l’emprunt. Celui-ci progresse de 16,2 % en 2025 pour le bloc communal, tandis que l’encours de dette augmente de 3,8 milliards d’euros. Dans le même temps, leurs réserves financières diminuent : le fonds de roulement baisse de 5,2 % pour les communes et de 6,9 % pour les intercommunalités.
Ces chiffres démontrent une réalité incontestable : les collectivités continuent d’investir, mais elles le font au prix d’une épargne qui s’érode, d’un endettement croissant et de marges de manœuvre qui se réduisent.
Cette évolution s’explique notamment par des charges que les élus ne maîtrisent pas : revalorisations salariales décidées nationalement, forte augmentation des cotisations à la CNRACL, inflation des coûts des matériaux et de l’énergie, multiplication des normes, transferts de compétences insuffisamment compensés et baisse de certains dispositifs d’accompagnement, notamment le Fonds vert.
Les collectivités territoriales ont déjà largement contribué au redressement des finances publiques. Depuis 2009, 82 milliards d’euros ont été prélevés sur les dotations des communes et des intercommunalités. Plus récemment, les collectivités ont supporté 7,7 milliards d’euros de prélèvements en 2025 puis 5,3 milliards d’euros en 2026.
Contrairement à une idée parfois avancée, les collectivités ne sont pas responsables de la dérive des finances publiques. Elles ne représentent qu’environ 20 % de la dépense publique, votent chaque année des budgets obligatoirement à l’équilibre et leur dette demeure stable, autour de 9 % du PIB, depuis près de trente ans.
Les communes de Haute-Loire présentent aujourd’hui une situation financière saine. Je m’en félicite. Cette réalité est d’abord le fruit de la rigueur budgétaire, du sens des responsabilités et de la qualité de gestion des maires et des présidents d’intercommunalité de notre département, qualité d’ailleurs saluée par la préfecture elle-même.
Mais cette bonne gestion ne doit pas devenir un argument pour justifier de nouvelles ponctions sur les finances locales. Les collectivités assurent près de 70 % de l’investissement public civil de notre pays. Elles construisent les écoles, entretiennent les voiries, modernisent les réseaux d’eau et d’assainissement, rénovent les bâtiments publics, soutiennent la transition écologique et financent les aménagements indispensables au développement des entreprises.
Affaiblir leurs capacités financières, c’est ralentir l’investissement public, fragiliser les entreprises locales, notamment celles du bâtiment et des travaux publics, et remettre en cause la qualité des services publics de proximité auxquels nos concitoyens sont légitimement attachés.
L’Association des Maires et des Présidents d’intercommunalité de la Haute-Loire partage pleinement la position de l’Association des Maires de France. Les collectivités ne demandent pas de traitement privilégié. Elles demandent simplement la stabilité des règles, la compensation intégrale des charges nouvelles qui leur sont imposées, la préservation des dotations d’investissement et le respect de leur autonomie financière.
Les maires de Haute-Loire continueront à assumer leurs responsabilités avec le sens de l’intérêt général qui les caractérise. Mais ils refusent que leur bonne gestion serve de variable d’ajustement aux difficultés budgétaires de l’État. Les communes ont toujours démontré leur capacité à investir, à innover et à accompagner le développement de nos territoires.
Donnez-nous les moyens d’investir, nous construirons l’avenir de nos territoires. Préservons leurs moyens d’action, faisons-leur confiance et elles continueront à bâtir les écoles, les équipements, les infrastructures et les services publics dont notre pays a besoin. Ne nous ponctionnez pas davantage, nous investirons davantage.
Jérôme Bay
Président de l’Association des Maires et des Présidents d’intercommunalité de la Haute-Loire




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